Le Maroc s’apprête à vivre une refonte historique de son Code du travail. Annoncée le jeudi 15 mai à Casablanca par Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences, cette réforme ambitieuse vise à moderniser en profondeur la législation du travail. Organisée sous l’égide de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), cette rencontre a mis en lumière une volonté claire : construire un cadre légal mieux adapté aux mutations du marché tout en garantissant une meilleure protection des travailleurs.
Une réforme au service de la compétitivité et de la justice sociale
La nouvelle mouture du Code du travail est actuellement en phase de finalisation. Elle devrait être soumise au Parlement dans les semaines à venir, avec une entrée en vigueur espérée d’ici fin 2025. Ce projet de réforme répond à une double exigence : offrir aux entreprises la souplesse nécessaire pour embaucher dans un contexte économique fluctuant, et renforcer la sécurité juridique et sociale des salariés, souvent vulnérables face à l’instabilité du marché de l’emploi.
Télétravail, emploi partiel, inclusion des femmes : des avancées concrètes
Parmi les principales mesures annoncées figurent :
- L’assouplissement des modalités d’embauche, qui permettra une plus grande réactivité des entreprises face aux besoins du marché.
- La création d’un cadre légal pour le télétravail, en réponse à la digitalisation croissante du monde professionnel.
- La clarification des statuts du travail partiel et saisonnier, longtemps flous et sources de litiges.
- Le renforcement de l’inclusion professionnelle des femmes, avec des dispositifs favorisant leur accès et maintien dans l’emploi.
Ces évolutions visent à rendre le marché du travail plus fluide, plus attractif pour les investisseurs et plus équitable pour les travailleurs.
Réforme de l’ANAPEC : un pivot stratégique pour l’insertion professionnelle
Au-delà du Code du travail, le ministre a insisté sur la nécessité de réformer en profondeur l’ANAPEC, l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences. L’objectif est clair : orienter les actions de l’agence vers les profils les plus fragiles — peu ou pas diplômés — qui représentent plus de 50 % des 1,6 million de chômeurs au Maroc.
L’ANAPEC devra ainsi se doter de mécanismes de placement, de formation et de suivi plus performants, afin de devenir un acteur clé dans la lutte contre le chômage.
L’apprentissage, moteur de l’emploi des jeunes
Autre axe stratégique : la relance massive de l’apprentissage. Le gouvernement ambitionne de faire passer le nombre d’apprentis formés par an de 24.000 à 100.000. Ce plan s’adresse en priorité aux petites et moyennes entreprises (PME), dans une logique de transfert de compétences, de professionnalisation des jeunes et de réduction du chômage structurel.
Un appui renforcé aux TPE et aux auto-entrepreneurs
La réforme prévoit également un nouveau dispositif d’accompagnement des très petites entreprises (TPE) et des auto-entrepreneurs, particulièrement ceux issus de l’économie informelle. Ce programme comprend :
- Un soutien au paiement des loyers,
- Une aide à la tenue de la comptabilité,
- Un accompagnement à l’équipement professionnel.
Il ambitionne de soutenir 110.000 bénéficiaires, avec un accent mis sur l’intégration progressive des acteurs informels dans le tissu économique formel.
Vers un pacte social équilibré
En toile de fond, cette réforme s’inscrit dans une vision globale de modernisation des politiques de l’emploi. Elle vise à instaurer un nouveau pacte économique et social, basé sur un équilibre entre flexibilité pour les employeurs et sécurité pour les salariés. C’est un virage stratégique pour accompagner les mutations économiques et renforcer l’inclusion, la compétitivité et la justice sociale au Maroc.
Cette refonte du Code du travail marque un tournant dans l’histoire des relations professionnelles au Maroc. Elle traduit une volonté politique de concilier performance économique et progrès social, en plaçant l’humain au cœur des dynamiques de croissance.


